Le bonheur au-delà de la croissance

Quelle est la corrélation entre le bonheur et la croissance?

L’« économie du bonheur » s’enracine dans un constat simple mais fondamental : notre bien-être individuel et collectif dépend d’un grand nombre de facteurs différents, alors que nos politiques publiques restent tributaires des indicateurs économiques qui ne mesurent que la richesse matérielle financière (croissance, pouvoir d’achat…). Si le niveau de vie joue un rôle décisif pour le bien-être des populations les plus pauvres, au-delà d’un certain seuil de revenu, les deux courbes tendent à s’éloigner l’une de l’autre.

Pour réduire ce décalage entre théorie et réalité, certaines économistes proposent de nouveaux indicateurs, développés pour mesurer le sentiment subjectif de bien-être et l’épanouissement personnel. L’objectif de ce travail théorique consiste à orienter l’action publique vers la notion du bien-être – sans exclure la dimension financière de celle-ci, mais sans non plus lui accorder une « exclusivité » dont elle bénéficie aujourd’hui.

La meilleure entrée dans cette problématique offre le texte « D’une économie de l’accumulation à une économie du bonheur », extrait de l’Essai de l’Oeconomie de Pierre Calame, d’autant plus que l’auteur s’inspire des travaux de la New Economics Foundation (Nef) dont le présent dossier se fait largement écho. L’économie du bonheur est un des quatre courants de pensée retenus par Pierre Calame dans son chapitre sur les « alternatives en émergence ».

Toujours sur le plan théorique, le rapport « Politics of Happiness » résume le projet intellectuel de la Nef et plaide pour une « politique du bonheur » ouverte à d’autres aspects du progrès que les indicateurs économiques. Le même objectif est poursuivi dans le « Manifeste du Bonheur » (Well-being Manifesto »). Quant à l’étude The Happy Planet Index, elle présente un des classements les plus connus du bien-être, qui compare le niveau de bien-être et de satisfaction personnelle dans les différents pays. Il s’avère qu’il n’existe aucune corrélation simple entre le niveau de vie (PIB par habitant) et le bien-être : en Grande-Bretagne par exemple, la croissance augmente sans discontinuer alors le bien-être stagne depuis les années 1970.

Comment mesurer le bien-être, si ce n’est pas avec les indicateurs classiques comme le produit industriel brut (PIB) ? C’est la question posée dans l’étude « The Power and Potential well-bein Indicators », qui propose un modèle fondé sur deux dimensions : la satisfaction avec sa propre vie et lépanouissement personnel. Il s’agit d’une étude pilote menée par la Nef dans la ville de Nottingham en Grande-Bretagne, où le bien-être des adolescents britanniques se révèle étroitement corrélé avec leur intégration scolaire, la pauvreté et le type d’activités pratiqué en temps libre.

L’aspect environnemental du bien-être apparaît dans tous ces textes ; il fait l’objet d’une étude à part dans « Well-being and the environment », rédigée par la Nef pour le compte de WWF. L’étude propose notamment de mettre la notion de qualité de vie au cœur du travail sur le développement durable.