Économie sociale et finance

Comment l’économie sociale et solidaire doit s’investir dans le secteur financier.

L’accès au crédit et aux services financiers les plus élémentaires devient de plus en plus difficile pour une partie de la population, y compris dans les pays développés. Cette exclusion financière aggrave encore la précarité des populations en difficultés et réduit le potentiel de développement des sociétés. D’où l’intérêt pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire – coopératives, associations à but non-lucratif, fondations… – de s’investir dans ce secteur et de tenter de pallier les carences des acteurs traditionnels.

Pour apprécier le présent dossier, on commencera au mieux par le texte « Monnaie et Finance », dont le mérite est de situer le débat sur la finance dans le contexte des défis économiques et environnementaux auquel nous devons répondre collectivement. Les autres articles sont plus étroitement focalisés sur l’économie sociale et solidaire et se demandent comment ces acteurs peuvent contribuer à la réforme du système financier.

La tâche est urgente, car le système financier actuel répond de moins en moins aux besoins des sociétés. En Europe, ce constat vaut notamment, mais pas exclusivement, pour la Grande-Bretagne, où il a été étayé par de nombreuses études de la New Economics Foundation (NEF). Depuis de nombreuses années en effet, la NEF se bat pour la reconnaissance et le soutien public des acteurs de la finance solidaire. Bien avant la crise financière de 2007/2008, ses experts faisaient le constat de l’échec du système financier britannique, qui tend à se retirer de plus en plus des régions défavorisées et des quartiers difficiles.

Dans son rapport de 2007, « Banking failure and how to build a fit financial sector », la NEF invite ainsi le pouvoir public à soutenir la « Community Banking ». Parallèlement, ses experts soulignent le besoin d’un cadre régulateur propice pour ces acteurs, qui reconnaisse leur statut particulier sans pour autant oublier les critères proprement financiers. C’est l’objet du rapport « The regulation of community developpement ».

Comment les coopératives peuvent-elles assurer le rôle des financiers ? Un exemple concret est présenté par Christian Tytgat dans son article sur la Caisse solidaire de la région de Nord-Pas-de-Calais, un institut de crédit coopératif créé en 1997. Publié en 2002, l’article constatait que la Caisse était à la croisée des chemins ; la difficulté étant de rassurer l’équilibre financier tout en restant fidèle à sa vocation. Depuis, elle a traversé une période difficile avant d’afficher un bilan positif en 2008. Son périmètre d’action reste toutefois limité : en 2008, la Caisse a financé dix-sept dossiers, dont treize prêts amortissables et quatre prêts relais.

Dans « Microfinance et liens sociaux », Renée Chao Béroff discute le rapport entre les deux fonctions classiques du microcrédit : la lutte contre la pauvreté et le renforcement des liens sociaux. En s’appuyant sur l’expérience des pays du Sud, l’auteur observe que ce rapport est souvent contradictoire, les institutions de microfinance (IMF) étant soumises à des objectifs de rentabilité. « Pour les encourager à prendre malgré tout en compte les liens sociaux dans leur méthodologie et dans leur développement, propose l’auteur, on pourrait envisager la création d’un label de qualité “microfinance solidaire”, qui distinguerait les IMF qui prennent en compte les liens sociaux et le capital social par rapport aux IMF à vocation strictement commerciale. »

Un autre aspect du débat concerne les fonds mis au profit des acteurs de l’économie sociale et investis dans le secteur financier. Le plus souvent, ces fonds viennent de dotations publiques et/ou privées, mais pas toujours : les fondations privées vivent de leur capital propre, et définissent elles-mêmes la part « sociale » de leurs investissements. Les projets soutenus doivent à la fois remplir une mission et générer un certain retour sur investissement ; analysant les stratégies d’investissement d’un grand nombre de fondations anglaises et américaines, le rapport « Mission Possible » invite à une réflexion plus stratégique sur l’arbitrage entre les deux objectifs et montre la diversité des méthodes de travail.