« Banque du temps » ou comment échanger sans argent

Focus on Time Banking, a new experiment to improve social inclusion and community health.

La « banque du temps » (Time Banking) est un concept encore relativement peu connu, mais de plus en plus répandu dans les débats sur le développement local. Il s’agit d’une application particulière des monnaies complémentaires (voir le dossier à ce sujet) ; dans les deux cas, l’objectif est le même : renforcer les échanges locaux et relier les besoins non satisfaits aux ressources disponibles sans passer par l’économie monétaire traditionnelle.

La toute première des ressources sociales disponibles est le temps que les habitants d’un quartier, d’une ville ou d’une région, sont prêts à consacrer au travail non rémunéré. Cette ressource est particulièrement précieuse dans le cas des régions et des populations pauvres en termes monétaires ; bien souvent, la pauvreté monétaire bloque les échanges locaux autres que le troc et condamne ces populations en difficulté à l’assistanat. D’où l’idée d’une « banque du temps », qui crée une économie parallèle où l’unité de compte n’est plus la monnaie mais le temps : quelqu’un qui consacre une heure de travail au service de sa région ou de sa ville aura ainsi gagné une heure de travail dont il pourra profiter lui-même. Avec cette heure, il pourra « acheter » un service dont il a besoin. Se tissent ainsi de liens nouveaux entre les habitants, qui peuvent échanger entre eux des services autrement que sous la forme du troc.

De nombreuses expérimentations ont déjà eu lieu dans ce domaine, notamment aux Etats-Unis où le premier « time-dollar » a vu le jour dans les années 1980, mais aussi à Londres. Les banques du temps s’avèrent particulièrement efficaces pour stimuler les services à la personne et les services sociaux. Comme le montre l’étude de la New Economics Foundation, « Using time banking for neighbourhood renewal and community capacity building », le principal avantage de la monnaie-temps est d’impliquer les citoyens dans la coproduction des services sociaux : précisément parce qu’il ne s’agit pas du bénévolat mais d’un système d’échange, ce système arrive à impliquer des populations qui, normalement, se consacrent peu au travail bénévole, comme les chômeurs et les salariés à bas salaires. Toutes ses raisons ont poussé la NEF à publier, en 2001, un « Manifeste pour les banques du temps », qui résume de façon synthétique l’utilité de ces modes d’échange pour le développement économique local.