Il faut limiter les déficits courants

L’intervention de Luiz Carlos Bresser-Pereira lors de la conférence « The Financial Crisis, the US Economy, and International Security in the New Administration », New York, 14 novembre 2008.

par Luiz Carlos Bresser-Pereira
Langue : français - Traduction : Limiting current account deficits

Je pense que la crise actuelle nous a beaucoup appris. Elle nous a appris que les systèmes financiers ont besoin de régulation ; qu’une bonne régulation ne pourra pas être exclusivement nationale ; qu’il ne s’agit pas d’une simple crise financière ; et qu’il ne suffira pas de résoudre la crise financière pour résoudre la crise économique – des mesures rapides doivent être prises afin de soutenir la demande.

Il me paraît cependant utile de rappeler qu’il existe d’autres formes de crises financières que celle à laquelle nous sommes confrontés. Nous vivons une crise bancaire ; d’autres pays connaissent une crise de balance des paiements. Ces crises-là, les pays riches y sont peu exposés, même si la Grande-Bretagne en a souffert au début des années 1980. Pour tous les pays en voie de développement ou à revenus moyens, c’est en revanche un vrai sujet de préoccupation. Etant donné le rôle et le poids croissants de ces pays, les crises de balance des paiements auront à l’avenir un impact de plus en plus important sur l’économie mondiale. Il faut donc tout faire pour les éviter.

La même inquiétude avait été formulée à Bretton Woods. Je suis favorable à une monnaie internationale, mais je ne crois pas que cela résoudra le problème. Je suis également favorable à un renforcement du rôle des pays en voie de développement au sein de la nouvelle architecture financière, mais là encore, je ne crois pas que cela suffise à changer la donne. Nous devons plutôt considérer la crise de balance des paiements comme un problème à part entière.

Alors, que faire ? Nous devons tout d’abord nous rappeler que c’est l’épargne nationale, et non l’épargne étrangère qui doit servir à stimuler la croissance, car un pays qui fait appel à l’épargne étrangère ne fait que creuser sa dette. L’endettement devrait de toute façon être limité au maximum, car il y a toujours un risque, si le déficit courant devient trop important, que les créanciers cessent de financer la dette. Cela mène droit à la crise. Il n’y a alors plus qu’une solution : dévaluer la monnaie.

Ce qui est intéressant, c’est que les économistes néoclassiques, si hostiles qu’ils soient au déficit budgétaire, n’ont rien contre le déficit courant. Ils y voient une merveilleuse utilisation de l’épargne des pays riches, qui peuvent ainsi investir dans les pays en voie de développement. Et ils ne sont pas les seuls à commettre cette erreur ; bon nombre d’économistes trouvent normal que les pays riches transfèrent leurs capitaux vers les pays pauvres. Cela n’a pourtant rien d’évident. J’ai expliqué à plusieurs reprises dans mes articles pourquoi ces déficits courants sont une mauvaise chose pour l’économie.

Dans ce type de crise, il y a finalement trois étapes. Dans l’étape finale, on a pays qui n’est plus en mesure de rembourser sa dette. Dans l’étape intermédiaire, le même pays, très fragilisé financièrement, est très dépendant de ses créanciers et du FMI. Et dans la première étape, qui marque le début du cycle, on constate que l’épargne étrangère s’est en grande partie substituée à l’épargne nationale.

Comment éviter cet enchaînement ? Une bonne façon de procéder serait d’adopter la méthode employée par les Européens pour lutter contre le déficit budgétaire : un déficit maximum fixé à 3% pour l’ensemble de ses membres. On peut se demander si cette limite est trop haute ou trop basse, mais cela me paraît être un niveau raisonnable. Le déficit courant pourrait être encadré de la même façon. Le taux à appliquer devrait bien entendu être débattu, mais l’essentiel est d’avoir une règle.

A l’avenir, les économies développées – les Etats-Unis, mais aussi l’Europe et le Japon – devront également se soucier de leurs déficits courants. Et là encore, l’idée qu’ils y parviendront grâce au marché me paraît tout à fait absurde. Pour ce problème comme pour d’autres, c’est de régulation dont nous avons besoin.

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Traduit de l’anglais par Laurent Bury et revu par Emmanuel Fournier.

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